Extraits de lecture "Le Phare des Douceurs"

Publié le 22 juillet 2026 à 15:41

Le rendez vous chez le notaire et les deux lettres cachées

(...)

Un homme entra.

Grand. Les épaules larges. Les cheveux bruns légèrement grisonnants aux tempes. Un visage sculpté par le soleil, doux, lumineux. Une chemise claire, un peu froissée. Et ce sourire discret, comme une lumière qui ne demande qu’à se révéler.

Il salua la secrétaire, puis tourna la tête vers Alma.

Leurs regards se croisèrent.

Un instant suspendu. Une reconnaissance silencieuse. Une vibration qui traversa la pièce.

Il s’approcha, avec une hésitation respectueuse, comme s’il craignait de briser la délicatesse du moment.

— Alma Castillo ?

— Oui…

— Gabriel Ardan.

Sa voix était chaude, grave, enveloppante. Elle hocha la tête, incapable d’ajouter un mot. Elle avait entendu son nom toute son enfance. Elle n’avait jamais vu son visage. Maintenant, il était là. Et il la regardait comme si elle était un souvenir qu’il retrouvait enfin.

La secrétaire les invita à entrer dans le bureau du notaire. Ils s’assirent côte à côte, sans se toucher, mais proches, comme si une ligne invisible les reliait déjà.

Maître Ruiz entra, salua, ajusta ses lunettes.

— Merci d’être venus. Nous avons beaucoup à voir ensemble.

Alma sentit son cœur accélérer. Gabriel posa ses mains sur ses genoux, calme, attentif. Sa présence à côté d’elle était une chaleur douce, un ancrage inattendu.

Le rendez-vous commença.

Maître Ruiz ouvrit la boîte en bois qu’Alma avait déposée sur le bureau. Il en sortit les deux enveloppes, les posa devant lui, et les contempla un instant, comme s’il en mesurait le poids invisible.

— Votre père a laissé des instructions très précises. Ces lettres sont destinées à vous deux. Elles expliquent l’héritage du phare et du jardin botanique.

Alma sentit sa gorge se serrer. Gabriel se redressa légèrement, comme si son corps avait instinctivement compris que ce moment allait compter.

Le notaire ouvrit la lettre d’Alma. L’écriture tremblée de son père apparut. Les boucles irrégulières, les traits appuyés, les hésitations. Une écriture qui avait accompagné son enfance.

Maître Ruiz lut à voix basse.

Des mots d’amour maladroits. Des regrets. Des souvenirs d’elle enfant, courant dans le jardin. Des excuses pour les silences, pour les ombres. Et une volonté claire : qu’elle reprenne le jardin botanique, qu’elle lui redonne vie, qu’elle en fasse un lieu de beauté et de guérison.

Alma sentit ses yeux picoter. Elle inspira profondément.

Puis le notaire ouvrit la lettre de Gabriel.

Des mots de gratitude. Des souvenirs partagés. Des remerciements pour l’aide qu’il avait apportée autrefois. Et une demande : qu’il prenne soin du phare, qu’il le protège, qu’il le transforme en un lieu vivant, ouvert, lumineux.

Gabriel baissa les yeux, ému. Il passa une main sur sa barbe, un geste discret pour se donner contenance, mais ses yeux brillaient.

Maître Ruiz posa les lettres.

— Votre père a souhaité que vous soyez cohéritiers. Le phare et le jardin botanique sont des patrimoines protégés. Vous devrez travailler ensemble. C’est une condition essentielle.

(...)